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PKPtopia

Finalement, la course à la chefferie du Parti québécois aura été aussi excitante qu'une élection en Russie. Il est certain qu'avec un peu plus de 50 pour cent des voix, le résultat de Pierre Karl Péladeau a tout à envier aux quasi-100 pour cent de Vladimir Poutine, mais, tout comme à Moscou, les jeux semblaient faits avant même que les participants ne s'élancent de la ligne de départ.




Que PKP soit ou non le leader capable de mener les troupes souverainistes à la victoire, ou encore qu'il soit un bon politicien ou non n'est pas du ressort de ce blogue. Cependant, avec la concrétisation de la montée en puissance de ce magnat des médias, la question de la concentration de la presse et du pouvoir se pose plus que jamais.

On a écrit en long et en large sur cet "État Québecor", comme le dit le leader parlementaire libéral Jean-Marc Fournier. On a crié à la conspiration contre l'homme d'affaires, à la diffamation hâtive parce que, pour une fois, un homme plus à droite voulait faire "le pays". Il est certain qu'avec cet arrière-goût prononcé de vendetta politique contre un homme qui, malgré son manque de charisme et de naturel, mobilise une bonne partie de la population, la question de l'objectivité journalistique et du mariage périlleux de la politique et du médiatique passe à l'arrière-plan.

Et pourtant, l'heure est grave: pas tant le fait que M. Péladeau refuse que ses parts majoritaires de Québecor, éventuellement placées dans un fonds en fidéicommis sans droit de regard, soient vendues, mais plutôt le fait que la haute direction de Québecor continue de le consulter en lien avec divers dossiers. Pourquoi cet état de fait n'a-t-il pas davantage fait la Une des journaux? Est-ce parce que M. Péladeau contrôle toujours le plus grand empire de presse de la province? Est-ce parce que d'autres nouvelles, comme la pluie de développements négatifs à l'international, ont eut préséance dans les divers médias?

L'homme se défend de vouloir mal agir, martèle qu'il n'a jamais imposé ses vues à la salle de rédaction de TVA/QMI/JdeM/JdeQ. Qu'en savons-nous exactement? Que PKP ait ou non dicté ses choix à ses journalistes, la "Québecorisation" des médias... hé bien, des médias de Québecor, a parfois atteint des sommets de ridicule. Le Banquier ou La Voix en Une du JdeM, c'est gros. Et le fait que Julie Snyder, la conjointe de M. Péladeau, dirige les Productions J, qui produit entre autres Le Banquier, vient ajouter à la chose. À un point tel que je ne suis pas le seul à avoir lancé, à la blague, que le fameux banquier de l'émission était justement M. Péladeau.

Pour l'instant, bien entendu, M. Péladeau n'a "rien fait de répréhensible", à l'exception d'une erreur de bonne foi dans l'affaire de la vente des studios Mel's (une fois, au chalet?). Les comparaisons peu flatteuses avec Silvio Berlusconi, le coloré politicien italien (littéralement et figurativement, d'ailleurs), n'ont donc pas lieu d'être... pour l'instant. Après tout, M. Péladeau n'a pas modifié de lois pour tenter d'améliorer le sort de ses entreprises, pas plus qu'il n'a voulu se protéger de la justice. Quant aux séances de "bunga bunga", je ne peux malheureusement pas me prononcer là-dessus...

M. Péladeau a-t-il sa place en politique? Sans doute; l'univers politique réserve parfois de bonnes et de mauvaises surprises. Et si les journalistes peuvent se lancer dans l'arène, pourquoi pas les patrons de presse? Mais pour éviter toute situation potentiellement problématique, et empêcher ses adversaires et ses détracteurs de lancer certaines attaques, il devrait instaurer un mur étanche entre sa personne et ses actions. Il ne souhaite pas vendre? C'est compréhensible. Est-ce légitime? Peut-être devrait-il céder ses actions à un autre dirigeant de Québecor, un responsable qui s'arrangerait pour garder l'entreprise sous contrôle québécois? Après tout, on ne le répétera jamais assez: il est particulièrement malsain de combiner médias et pouvoir. S'engager dans cette voie, c'est glisser une pente traîtresse vers d'éventuels abus de pouvoir et une érosion de la démocratie.

Et à voir l'état actuel de notre démocratie, celle-ci n'a certainement pas besoin qu'on fragilise encore plus ses assises.

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