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Vol au-dessus d'un nid de coucous

Donald Trump est un politicien de la pire espèce. Un connard de première, si vous me permettez l'expression. Mais le magnat de l'immobilier à l'immuable chevelure a cela de particulier qu'il est entré au bon moment dans la sphère politico-médiatique américaine.



Et comme notre propre campagne électorale est actuellement moins excitante qu'une séance de repêchage de la NFL pour quelqu'un qui se contrefout du football, cela nous fait étrangement rêver de se retrouver temporairement chez l'Oncle Sam à couvrir l'iconoclaste course vers la Maison-Blanche, plutôt que d'entendre Stephen Harper répondre à ses propres questions.

Trump, donc. Derrière l'image, derrière cette personnification de la notion du "tout m'est dû" et du "hé bien, qu'ils mangent de la brioche!", derrière ces propos complètement ahurissants sur l'immigration illégale et sa volonté de faire construire un immense mur à la frontière avec le Mexique, mur qui serait payé par Mexico, rien de moins, Donald Trump pourrait bien avoir réussi à percer là où approximativement 4768 autres candidats à l'investiture républicaine piétinent. Sa solution? Passer par les médias, pardi!

C'est bien connu: la controverse attise l'audimat et fait vendre des copies. Chaque déclaration complètement loufoque du "Donald" fait donc l'objet de multiples reportages, d'autant plus que le principal intéressé se repasse sans doute ses allocutions en s'installant nu dans le noir avec une boîte de mouchoirs. Après tout, comment résister? Bon sang, le type accorde la majorité de ses entrevues à partir de la tour à son nom érigée à New York, avec une foule de badauds se déplaçant constamment à l'arrière-plan. C'est aussi là qu'il a lancé sa campagne, descente d'escalier mécanique en prime, comme n'a pas manqué de le souligner le Daily Show:


Jon Stewart ne l'a d'ailleurs jamais caché: cette candidature de Trump est comme du bonbon. Qui ne rêve pas de conclure son passage à la tête d'une émission de satire politique en étalant la dernière énormité proférée par un être raciste, vulgaire et totalement imbu de lui-même?

Mais il faut rendre à César ce qui lui revient: Donald Trump a étonnamment certains bons côtés. Il est odieusement riche, c'est bien certain, mais cette même richesse lui permet de passer outre les séances de léchage de postérieurs des grands donateurs dans l'univers politique américain. Ainsi, plus question de tenter de détecter l'ordre du jour limite extrême-droite des frères Koch: Trump affiche son ignorance et son incompréhension du monde moderne en plein jour. Et tant pis si cela lui met les démocrates à dos: The Donald s'en balance joyeusement. Il doit certainement savoir qu'il ne se rendra pas jusqu'à l'investiture, et a même laissé entendre qu'il pourrait lancer une campagne en tant qu'indépendant. Trump est en politique pour que l'on parle de lui, et non pas pour occuper réellement le Bureau ovale du 1600, Pensylvania ave.

Cette méthode du Shock and Awe a cela de bon qu'elle vient brasser les cartes politiques, surtout en plaçant les républicains devant leurs propres contradictions. En lançant toutes les sottises qui lui passent par la tête sur pratiquement n'importe quoi, et surtout sur la délicate question de l'immigration illégale, Trump force une réflexion du GOP sur ce dossier que bon nombre de candidats voudraient tout simplement enterrer. Le fait que Trump mène très largement dans les sondages, à six mois des primaires de l'Iowa, en dit aussi long sur les véritables valeurs du Parti républicain: adieu le vote des femmes et des immigrants, voici le grand retour en force des mâles blancs vieillissants qui descendent sans doute sur leur pelouse, le samedi matin, pour brandir leur poing et crier "Damn kids, get off my lawn!"

Chez les démocrates, Bernie Sanders est sans doute la personne qui se rapproche le plus de Donald Trump sur le plan de la franchise politique. Au diable le fait de ménager les susceptibilités comme le fait sa rivale Hillary Clinton: Sanders tire sur tout ce qui bouge, souhaite mettre fin à la guerre fédérale contre la drogue, morceler les grandes banques, effectuer un virage vert, renforcer le réseau numérique chez nos voisins du Sud... bref, se mettre au service du peuple contre les grandes corporations et les profiteurs. Tout comme Trump et ses milliards, Sanders n'a rien à perdre. Il n'a pas de magot, bien entendu, mais il fait fureur et fait courir les foules. Alors que Clinton sait qu'elle doit respecter les volontés de ses donateurs, Sanders fait le plein chez la classe moyenne et semble donc ne rien devoir à personne. Si la couverture médiatique consacrée à Bernie Sanders semble moins ironique que cela offerte à Trump, il demeure un certain sentiment de surréalisme. Normal: quand les candidats s'éloignent trop du moule, ils sont souvent observés de loin avec méfiance.



Et donc, Sanders et Trump, même combat? À l'exception de leur franchise respective, sans doute pas. Mais dans le cadre d'un interminable cycle électoral d'au moins un an et demi, il faut bien meubler le temps d'antenne et noircir des pages.

Sanders et Trump deviennent trop "normaux"? Il suffit de passer du côté de la liste des candidats complètement loufoques. Non pas tout le reste du cortège de candidats républicains, mais plutôt Deez Nuts, Dat Ass ou encore Captain Crunch. Le fait que Deez Nuts obtienne plus d'intentions de vote en Caroline du Nord que bien d'autres candidats en dit long sur le bordel généralisé qui règne aux États-Unis.

Si seulement la campagne canadienne donnait un peu de munitions aux médias nationaux...



Oh... Oh. Hum. Oubliez ça.

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