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Jeté dans l'arène, avec les lions

C'est le cirque! Mais l'arène accueille désormais plusieurs millions de spectateurs, et les lions ont gagné en droit de vote ce qu'ils ont perdu en crinière.




Nous sommes en élections! Sonnez mirlitons, tambours et trompettes! Astiquez bien les bébés à embrasser! Affalez la grand-voile! Oups, heu, non, pardon.

Puisque cette campagne regroupant nos quatre hommes blancs dans la force de l'âge sera longue, très longue, nous l'absorberons à petites doses. Une campagne homéopathique, en quelque sorte. Car si l'on intégrait tout ce remue-ménage d'un seul coup, notre cynisme citoyen - et médiatique! - en prendrait tellement un coup que nous pourrions finir par croire que déclencher les élections près de 80 jours avant la date du scrutin était vraiment un geste "honnête", puisque "les partis d'opposition étaient déjà en campagne".

Parlant des conservateurs, justement, ceux-ci ont adopté une stratégie pour le moins surprenante en ce qui concerne l'utilisation des médias sociaux durant leurs rassemblements partisans. Ladite stratégie est très simple: les médias sociaux sont interdits. Pas de statut Facebook, pas de message trépidant en 140 caractères ou moins, pas de selfie avec un latté en revenant du yoga #nofilter, rien du tout. Déjà que les participants aux événements conservateurs devaient montrer patte blanche et se trouver sur une liste d'invités, voilà qu'on les ramène 10 ans en arrière en menaçant d'expulsion le fieffé coquin qui aurait l'indécence de prendre une photo du chef et d'y accoler un commentaire positif, ou encore - horreur! - un gag sur Le rajeunisseur, pour hommes seulement.

Si, normalement, le parti de Stephen Harper tient bon contre d'éventuels hauts cris, la formation de droite a plutôt fait marche arrière, rapportait lundi le Ottawa Citizen. Le porte-parole Kory Teneycke (un ancien de Sun News, après avoir oeuvré au sein du même Parti conservateur) a ainsi confié au quotidien ottavien que cette interdiction liée aux médias sociaux avait été ajoutée "par un avocat", avant d'être enlevée séant. "Nous encourageons les gens à prendre des photos et à utiliser des médias sociaux pendant nos événements", a-t-il dit. Parfait, sans doute, pour meubler les temps morts alors que vous attendez l'empereur du monde libre, collés les uns sur les autres sur une estrade, au lieu de travailler.



Pour les conservateurs, le contrôle du message est la clé d'une victoire lors de ces 42es élections générales fédérales. Voilà pourquoi le parti évite comme la peste de devoir répondre aux questions des journalistes et tentait, du temps où le gouvernement siégeait encore, de ne jamais effectuer d'annonce importante dans la capitale. On sait bien que les vautours de la presse y sont concentrés. Il faut donc envoyer nos ministres loin, très loin, aux quatre coins du pays, histoire de faire "passer le message" auprès de la population, sans que les "faits" et les "données fiables" ne se mettent en travers de leur chemin.

Malgré tout, bloquer les médias sociaux sous peine d'expulsion pour des événements où les places sont déjà accordées au compte-goutte à des purs et durs de la cause conservatrice, c'était sans doute faire preuve de zèle pour les zélotes du PCC.

Il n'en reste pas moins que plusieurs reprochent au parti conservateur cette approche particulièrement secrète. À croire que la formation politique fait campagne en vase clos, ne réapparaissant dans le monde des vivants que pour lancer de nouvelles attaques contre l'opposition, avant de replonger dans les ténèbres d'un monde formé de communautés ethniques, de mères au foyer et de travailleurs de l'industrie des sables bitumineux.

"Le fait de ne pas être ouvert à débattre avec le public en temps d'élections est définitivement antidémocratique. C'est exactement ce que devrait être une élection", plaide Duff Conacher, cofondateur de Democracy Watch, en entrevue avec le Citizen.

Mais bon, on aura beau se remplir la tête de beaux idéaux, ceux-ci prennent souvent très rapidement le bord lorsque la politique devient réelle, et encore plus vite en période électorale. Le NPD qui dénonce le mutisme de Harper avec les médias, pour ensuite entamer la campagne sans répondre aux questions des journalistes... Le chef libéral Justin Trudeau qui organise un photo OP pendant qu'il s'entraîne à la boxe avant le premier débat, refusant lui aussi de répondre aux questions de la presse. Et il y avait foule, pourtant, écrit l'ami Mathieu Charlebois dans un excellent billet publié sur le site du magazine L'Actualité.

Soixante-dix-huit jours, c'est long. Très long. Trop long. Soixante-dix-huit jours de cassette, de répétitions incessantes, de semi-mensonges, de demi-vérités, de gens qui parlent à travers leur chapeau, de journalistes forcés de poser constamment les mêmes questions... Il faudra bien entendu garder un oeil sur tout cela, mais le fait est que devant l'ampleur de la tâche, cette odyssée se fera à petites doses. Reste à savoir ce qui sera incapable de passer à travers les mailles du filet.

***

Avant de vous quitter, je vous laisse avec une petite gâterie: le succulent blogue Spin de marde, qui a pour tâche de recenser les pires déclarations, pubs et autres échappées médiatiques des grands partis pendant la campagne. Du bonbon.

Aussi: plus tard dans la semaine, nous nous pencherons sur le cas Trump. Beaucoup, beaucoup de plaisir en perspective

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