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Et derrière la porte numéro 2...

J'étais assis dans la salle d'attente, ma carte d'accès de visiteur bien épinglée au revers de ma poche de pantalon, quand la question a résonné dans ma tête: "Mais bon sang, qu'est-ce que je fais ici?"




Comprenez-moi, le poste pour lequel j'étais sur le point de passer une entrevue m'intéresse. Beaucoup. Un domaine intéressant, des conditions de travail plus qu'alléchantes, mais... Mais, c'est un poste en communication. Le côté obscur de la Force pour nous, journalistes, qui ne sommes normalement pas formés pour porter particulièrement les relationnistes dans notre coeur.

Et donc, qu'est-ce que je fais à envisager de devenir à mon tour relationniste? Je tiens à dire que je n'ai pas abandonné l'espoir de gagner ma vie comme journaliste. Cependant, la perte de mon emploi à La Presse Canadienne, ainsi que la crise qui n'en finit plus de finir dans le petit milieu qui est le nôtre n'aident certainement pas à renforcer mon moral et à réaliser mes rêves professionnels.

Prenez une pénurie de postes; ajoutez-y la fermeture de Sun News, la disparition à petit feu de Radio-Canada, les déboires du Devoir, la cession des journaux régionaux de Gesca à Groupe Capitales Médias en plein renouvellement des conventions collectives, la vente du Voir (écorché par des années de compressions), et des licenciements qui pointeraient le bout de leur nez à La Presse, et vous obtenez sans doute le pire marché de l'emploi à l'exception de commis dans un club vidéo. Et encore. Ah, il est beau, l'avenir numérique! Tout le monde meurt à petit feu, et je regarde, impuissant, tous ces employeurs potentiels déverser toujours plus de sans travail sur les bancs du chômage, comme autant de gladiateurs désespérés dans une arène qui déborde déjà. C'est chacun pour soi, et à défaut de vouloir s'exiler en région pour un salaire frôlant parfois la misère, vous êtes condamné à tenter de vous trouver suffisamment de piges pour vivoter. Et ne parlons pas des conditions de travail des pigistes!

Bref, c'est la merde. La grosse merde puante, et comme, avouons-le, je n'ai pas de contacts en zone de guerre ou de sources bien juteuses pour pondre des papiers bien vendeurs, me voilà un peu coincé.

Pourquoi les communications, alors? Tout d'abord, je n'ai pas l'intention d'abandonner le journalisme, du moins, dans la mesure du possible. Mon coeur reste celui d'un journaliste qui adore écrire, qui adore bloguer sur les médias, et, surtout, s'occuper des lecteurs de Pieuvre.ca en leur offrant du contenu intéressant et différent - et ce le plus souvent possible.

Mais si mon coeur bat au rythme des dépêches qui sortent sur le fil de presse, mon estomac a besoin de manger. Je dois aussi m'occuper de certaines choses, comme payer mon loyer, mon chauffage, mon transport en commun ou encore ma connexion Internet et mon téléphone cellulaire. Toutes des obligations de la vie moderne auxquelles personne n'échappe. Mes parents ne m'ayant pas offert une fortune à dépenser, je dois gagner ma vie, comme la plupart d'entre vous.

Ceci était dit, un travail en communication ne serait pas alimentaire. Du moins, pas en ce qui concerne l'entreprise où je me trouvais vendredi dernier. En fait, comme je l'ai mentionné, ce serait un travail stimulant, dans un domaine passionnant, avec des conditions plus que confortables.

Impossible, malgré tout, d'avoir l'impression de trahir un peu mes collègues, ou encore mon rêve de petit garçon. Non pas celui d'être le premier homme sur Mars (mes lunettes et mes études en sciences humaines ont déjà permis d'assurer que je ne serai pas l'heureux élu), mais celui de l'élève du primaire qui monte, un peu tout croche, un journal étudiant avec son meilleur ami. Le projet ne verra pas le jour, mais nous avions réussi à préparer un premier numéro du Coubertin Express, et un deuxième (un spécial jeux d'ordinateur!) était en chemin lorsque le tout fut stoppé.

La situation n'est pas (encore) désespérée, bien entendu, mais après six mois de chômage, je commence à avoir hâte de voir un autre être humain durant mes journées.

Je tergiverse, je m'interroge... Ce n'est pas une quête identitaire, mais ce n'en est pas loin non plus. Après six ans de journalisme professionnel, après 10 ans de journalisme scolaire, le temps est-il venu de tourner la page?

Au final, dois-je passer du côté obscur de la Force? Traverser la travée centrale pour rejoindre ceux d'en face en vaut-il la peine? Je n'en ai franchement aucune idée. Tout dépendra des circonstances menant au saut en question. En attendant, c'est l'inconnu pur et simple.

Hugo Prévost, futur ex-journaliste poilu?

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