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Libârté (de presse)

Nouvelle édition qu'on s'arrache jusqu'à en venir aux poings, subvention gouvernementale... à travers l'horreur, les "bienfaits" de l'attentat ignoble contre le journal satirique français Charlie Hebdo, si l'on peut s'exprimer ainsi, auront été le retour en force d'une publication iconique, soit, mais qui battait de l'aile depuis longtemps.



On ne cesse de le répéter, mais les affaires ne marchaient pas rondement pour Charb et sa bande à la veille de l'attaque sanguinaire qui entraînera dans la mort 12 personnes, il y a une semaine exactement, dont quatre dessinateurs, y compris Charb lui-même. On apprenait récemment que la revue humoristique, dont le tirage tournait autour de 50 000 copies, éprouvait de graves difficultés financières.

Certes, l'État français a réagi depuis la tragédie, promettant entre autres un financement à hauteur d'un million d'euros pour renflouer les coffres et ainsi permettre aux survivants de "poursuivre le combat", si l'on peut dire, et c'est tant mieux. La question que l'on doit toutefois se poser est la suivante: l'aide aurait-elle été aussi importante si des fous de Dieu n'avaient pas ouvert le feu à la Kalachnikov dans les bureaux du 11e arrondissement de Paris?

Loin de moi l'idée de récupérer l'horreur de cette tragédie et de faire dévier la conversation sur un autre sujet, mais la réaction du gouvernement français, tout aussi brave et justifiée soit-elle, découle davantage de la réactivité que de la planification. Aucun financement destiné à permettre à Charlie Hebdo de continuer à imprimer des journaux n'aurait empêché la fusillade, certes, mais la nécessité de délier les cordons de la bourse démontre à quel point cette fameuse "liberté d'expression" tant vantée comme une valeur française n'est en fait brandie à bout de bras que lorsqu'elle est violemment attaquée.

Il est vrai que la France subventionne déjà beaucoup les médias en général et la presse écrite en particulier, allant jusqu'à offrir, il y a quelques années, un abonnement gratuit à divers journaux et magazines aux jeunes du pays, histoire de développer une habitude chez eux. Il est aussi vrai que les deniers gouvernementaux servent, tout comme en Grande-Bretagne ou au Canada, à renflouer les caisses d'organes de presse.

Prenons d'ailleurs l'exemple canadien. Ottawa s'est empressé de monter aux barricades à la suite des attaques de mercredi, dénonçant une "guerre terroriste", et promettant de toujours défendre les sacro-saintes valeurs occidentales (et de renforcer le dispositif sécuritaire). Pourtant, ce même gouvernement conservateur étouffe peu à peu le radiodiffuseur public, Radio-Canada, sapant par le fait même la capacité des Canadiens à avoir accès à du contenu découlant de la liberté d'expression. Idem au Québec, où le premier ministre s'est dit solidaire avec Paris dans sa lutte contre l'intégrisme, mais où l'austérité généralisée met en danger les médias dépendant des subventions publiques. Oui, l'argent versé aux Débrouillards, à Curium et à l'Agence science-presse a été "sauvé". Mais pas plus tard que mardi, c'était au tour de Québec Science d'appeler à l'aide, en invitant le public à s'abonner en raison d'une hausse des coûts généralisée... et d'une baisse de l'aide ministérielle.

Non, MM. Couillard et Harper n'ont pas la même triste réputation en matière de liberté d'expression et de relations avec la presse que bien d'autres dirigeants ayant défilé hypocritement aux côtés de François Hollande, dimanche, mais il n'en reste pas moins qu'en alimentant les braises pour ensuite crier au feu, il n'y aura bientôt plus besoin de défendre la liberté de presse. Après tout, sans presse, pourquoi s'embêter avec la liberté?

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