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Fox "News"

*soupir*

Les attentats terroristes commis à Paris par des intégristes sont encore douloureusement présents à l'esprit de plusieurs, et l'heure est à la réflexion pour, ultimement, mieux comprendre les causes profondes de cet acte, de cette révolte brutale et sanguinaire de jeunes Français radicalisés qui n'ont pas su trouver leur place au sein de la République.



Arrive, sur ces entrefaites, Fox News. Le réseau américain de télévision en continu est déjà bien connu dans le milieu journalistique pour ses prises de position férocement à droite, pour donner une voix aux leaders des franges les plus extrêmes du parti républicain, pour avoir embauché Sarah Palin comme columnist, pour avoir donné une voix à Glenn Beck... Bref, un parcours peu reluisant si vous êtes adeptes d'idées un tant soit peu progressistes.

Après les attaques à Paris, on a eu droit à un segment tout à fait délirant sur l'existence de no-go zones - carrément des zones de non-droit -, où la police ne s'aventure pas, et où les non-musulmans ne sont pas les bienvenus. Ces zones se compteraient par centaines en France et ailleurs en Europe, y compris à Paris. Pire encore, la ville anglaise de Birmingham tout entière serait réservée aux adeptes de l'islam!

Pour ce billet, au lieu de me transformer à nouveau en un vieux grincheux avant l'âge, pour ensuite déblatérer sur le fait que "c'était mieux avant", ou que le journalisme s'en va chez le diable, j'aimerais féliciter Fox News. Bravo, en effet, à la chaîne de Rupert Murdoch, l'immortel magnat australien des médias, qui a dû s'expliquer devant les élus et le monde entier pour la gestion du scandale des écoutes téléphoniques ayant coulé le tabloïd britannique News of the World, pour avoir créé un univers où la nouvelle ne compte plus.

Non, désormais, Fox News a quitté notre niveau de réalité pour créer son propre biome médiatique où les dépêches sont conçues par des spin doctors et des politiciens, ou encore par des spécialistes du marketing viral, afin de susciter un intérêt toujours grandissant pour les révélations choquantes, les déclarations alarmistes et l'alimentation de ce sentiment de peur qui gruge peu à peu le tissu social américain. Alors que les taux de criminalité sont en baisse depuis des décennies, Fox News, dans son univers parallèle, agit à sa guise pour parvenir à ses fins. Encore mieux, certains politiciens vont jusqu'à reprendre à leur compte les (fausses) déclarations du réseau, et ce même si Fox News s'est excusé à trois reprises, en ondes, pour sa bourde monumentale. Que les politiciens en question soient de droite ne sera surprenant pour personne. Après tout, Fox a déjà offert du temps d'antenne à une juge appelant ni plus ni moins qu'à "tous les bombarder", en parlant des musulmans intégristes. De là à parler d'incitation au meurtre, voire au génocide, il n'y a qu'un pas. Une sorte de point Godwin nouveau genre, si on veut.

Dans toute celle folie, en s'extirpant de cette atmosphère journalistique digne d'un roman dystopique, où la chaîne d'information la plus regardée des États-Unis semble se faire l'écho des pires candidats à la direction du pays, quelques braves résistent encore et encore (entourés, certainement, de camps retranchés romains).

Saluons ici le travail exemplaire abattu par Yann Barthès et toute l'équipe du Petit Journal, une émission d'information humoristique ressemblant à notre Infoman national qui, non contents de dénoncer cette fausse information, ont plongé un peu plus le couteau dans la plaie en se rendant dans les supposées no-go zones parisiennes. Résultat? Des Parisiens vivant dans la tranquillité, tout simplement. Et le tout est traité avec un zeste de condescendance; pas assez pour que cela se transforme en mépris, mais tout juste suffisant pour faire rire.

Ajoutez à cela l'intention de la mairesse de Paris de poursuivre Fox News, et peut-être que, cette fois, la connerie sera trop gigantesque pour que la chaîne décide enfin de cesser de dire n'importe quoi.

En attendant, il faudra prendre notre mal en patience. Et tâcher de continuer de rire.

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