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2016 lue et frissonnée

Un an! Enfin, presque un an, à quelques jours près. Pratiquement 365 jours (et un quart) sans publier de billets sur ce blogue. Pas que l'actualité médiatique n'ait pas regorgé de nouveautés, de développements et de nouvelles raisons de sortir ses torches et ses fourches, mais passer son temps à se plaindre, ça finit par peser sur le moral.

Je me voyais cependant mal sauter dans 2017 en votre compagnie sans revenir quelque peu sur certains moments qui m'ont marqué au cours des 12 derniers mois. Un palmarès sans ordre précis, et qui omettra probablement plusieurs événements. Mes excuses à l'avance.



Le grand ménage de Rogers

S'il était nécessaire d'obtenir une nouvelle confirmation du fait qu'au sein de certains grands conglomérats, les médias servent principalement de débouchés pour les annonceurs, la transformation en profondeur de la branche médiatique de Rogers l'a offerte sur un plateau d'argent. Non seulement plusieurs publications anglophones passent entièrement en ligne, mais du côté francophone, dans un marché déjà dûrement éprouvé, on ferme carrément le magazine Loulou, en plus de réduire la fréquence de publication de Châtelaine. Quant à L'actualité, c'est la mise en vente ou la "mort". Rien de moins!

Il y a ici deux points de vue qu'il convient d'examiner. D'abord, celui de Rogers; les biens d'une entreprises se doivent habituellement de rapporter de l'argent. Dans le cas contraire, on tente normalement d'améliorer la rentabilité. À défaut d'y parvenir, c'est la liquidation des biens en question. Et donc, d'un point de vue strictement commercial, la fermeture de Loulou peut se comprendre. Après tout, un énième magazine de "magasinage" est-il essentiel au pays? La publication avait fort probablement son public, mais celui-ci n'était pas suffisamment important aux yeux des dirigeants de Rogers, qui sont sont donc allés de l'avant avec la fermeture. Idem pour Châtelaine, qui passe de 12 à six publications par année.

D'un point de vue journalistique, ces fermetures et ces transformations sont bien entendu une mauvaise nouvelle. N'a-t-on pas déjà suffisamment de reporters et autres employés du secteur condamnés à trouver un nouvel emploi? Et pour des gens déjà en recherche d'un nouveau boulot (*clin d'oeil, clin d'oeil*), il s'agit d'autant de nouveaux concurrents à supplanter. La solidarité journalistique tient le coup jusqu'à ce que vos confrères d'hier soient vos adversaires pour ce poste que vous convoitez.

Par ailleurs, est-ce que Rogers, avec ses services nationaux, ses réseaux de télécommunications d'un océan à l'autre, ses centaines de millions, voire ses milliards dépensés en droits pour la télédiffusion des matchs de la LNH, n'aurait pas pu trouver quelques millions pour maintenir ses publications à flot? Peut-être un petit coup de pouce en attendant des transformations des angles de couverture des divers magazines?

Parlant de spécialisation et de changement des angles de couverture, la mise en vente de L'actualité offre l'opportunité idéale pour remanier les structures du magazine et ainsi renouveler le public pour assurer en assurer la survie à long terme. J'ai eu l'occasion, ce printemps, d'effectuer un stage de six semaines au magazine après avoir remporté la Bourse AJIQ-Rogers. J'y ai découvert une équipe passionnée qui se donne corps et âme pour produire du contenu de qualité, mais une information transmise dans le cadre de ce stage m'a porté à réfléchir. En effet, l'âge moyen d'un lecteur de L'actualité approche des 50 ans. Si ce segment de la population a habituellement plus d'argent à consacrer à la consommation de médias, c'est aussi jouer en terrain dangereux, puisque susciter l'intérêt des jeunes adultes est essentiel pour assurer la pérennité d'un média, et les (excellents) textes de Mathieu Charlebois risquent de ne pas suffire à la tâche.

Loin de moi l'idée d'affirmer disposer de la science infuse, mais serait-il envisageable d'offrir une certaine spécialisation du contenu en fonction de la plateforme consultée? Varier un peu les plaisirs en fonction que l'on parcourt le magazine papier, le site web et la version iPad? Plusieurs articles sont ainsi déjà publiés uniquement sur le web. Voilà sans doute une bonne piste à explorer pour la suite des choses.

Mélanie Joly et la "conversation"

On dira ce que l'on voudra à propos de la ministre du Patrimoine, le fait est que le Canada tente effectivement de rattraper son retard dans le domaine de la culture numérique et d'ainsi parvenir aux années 2010. Après tout, le dossier est particulièrement complexe, et les enjeux se chiffrent en milliards de dollars.

Le hic, dans la démarche de la députée fédérale d'Ahuntsic, c'est qu'Ottawa s'est tiré dans le pied dès le départ en affirmant ne pas vouloir taxer Netflix et consorts. Ce serait pourtant l'une des voies à emprunter de façon impérative pour s'assurer que les productions culturelles locales soient adéquatement financées... D'autant plus que le nombre de gens se désabonnant du câble ne pourra aller qu'en augmentant. Radio-Canada (oups, pardon, ICI Radio-Canada) et Télé-Québec mettent déjà en ligne une grande partie de leurs émissions, tout comme d'autres chaînes privées, ce qui n'encourage certainement pas la population à s'abonner au câble.

Que reste-t-il, pour subventionner les artistes, si la population se tourne vers de tels services en ligne, ainsi que vers Netflix et Spotify, plutôt que de payer des redevances via leur facture mensuelle? Mais il faut aussi faire très attention à ne pas ouvrir la voie à un trop grand morcellement de l'offre numérique. Déjà, Netflix est concurrencé par HBO Go, Amazon Video et Yahoo. Au pays, Rogers a tenté le coup avec Shomi, qui a fini par mordre la poussière. Probablement pour le mieux, d'ailleurs, puisque si les câblodistributeurs recréent sur le web la même structure kafkaïenne de chaînes et de contenus exclusifs qui existe déjà pour la télé traditionnelle, les internautes vont simplement recommencer à pirater du contenu.Moi même, qui a déjà été l'un de ces criminels notoires, j'ai fini par me convertir à Netflix et à Spotify, en plus d'acheter, à l'occasion, des contenus numériques dans diverses boutiques en ligne. Mais c'est aussi parce que les prix sont plus abordables. Une taxe imposée au secteur se doit donc d'être raisonnable. Peut-être qu'une redevance inscrite sur la facture internet mensuelle serait également envisageable.

Quoi qu'il en soit, la ministre doit cesser de lancer des phrases creuses où il est question du "virage numérique". Le virage est déjà passé. Nous sommes dans une nouvelle section de route, avec les méthodes de diffusion traditionnelles qui s'éloignent rapidement derrière. L'heure est à l'écoute sur tablette, sur téléphone, sur écran d'ordinateur, sur un téléviseur connecté au web ou branché à un portable. Je n'ai plus le câble depuis bientôt huit ans, et je ne m'en porte pas plus mal. Passons donc à la vitesse supérieure, avec des idées novatrices, plutôt que d'effectuer du rattrapage.

Trump et la post-vérité

Année complètement folle que celle de ces élections américaines, avec la "victoire" du raciste, misogyne et xénophobe en chef. Une bonne leçon pour les médias d'ici et d'ailleurs, qui ont repris allègrement les déclarations obscènes et ridicules de cet homme tout autant obscène et ridicule. Ah, cela faisait du clic que de reprendre les accusations sans fondement de M. Trump! Pieuvre.ca est aussi coupable que les autres d'avoir usé et abusé de ce stratagème pour aller chercher du lectorat. Et en combinant un secteur de l'information en grande difficulté, un homme prêt à tout pour son prestige personnel et un pays ennemi déversant une quantité astronomique de fausses nouvelles, il est arrivé ce qui devait arriver.

Les médias de partout sur la planète doivent se retrousser les manches pour combattre les fausses nouvelles et l'érosion du lectorat vers des sites douteux (et cela comprend Facebook). Après tout, à quoi bon parler du journalisme comme d'un pilier de la démocratie si nous sommes incapables de pourchasser efficacement les malandrins et de démasquer les coquins? Cette gifle doit servir de cri de ralliement, d'appel à l'action. Il faut plus d'enquêtes, plus de questions, moins de complaisance. Notre journalisme doit pratiquement en être un de combat.

En Pologne, le gouvernement est vivement contesté. La goutte d'eau qui pourrait bien avoir fait déborder le vase? Un plan visant à limiter l'accès des journalistes au parlement.

Cette année 2016 fut éprouvante pour bien des gens. J'ai pensé - et j'y pense encore - quitter la profession pour prendre un emploi dans le secteur des communications ou en politique. Personne ne me reprochera de vouloir mettre du pain sur la table et d'épargner un peu plus pour mes vieux jours, n'est-ce pas? Mais à mes amis et collègues journalistes qui peinent à joindre les deux bouts, je dis ceci: il finira bien par y avoir une lumière au bout du tunnel. En attendant, si nous ne défendons pas nos principes, peu de gens le feront à notre place.

Je vous souhaite donc une bonne fin d'année 2016 et de joyeuses Fêtes. Avec un peu de chance, on se reverra en 2017.

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