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L'irrésistible attrait du magazine à côté de la caisse

Êtes-vous en situation de stress? Votre stress est-il si important qu'il crée son propre stress et se met à manger pour compenser, devenant par le fait même un gros stress? Rassurez-vous: vous n'êtes pas seul(e).



Selon Monde de stars, la bien connue Marilou est elle aussi sujette à un stress souffrant d'embonpoint. Non seulement est-elle "enceinte jusqu'au cou" (il faudrait peut-être penser consulter un médecin si tel est le cas), mais la parution en septembre de son magazine la force à respecter... une heure de tombée! La pauvre.

« Produire et créer un magazine indépendant c'est travailler tard pis toute. C'est aussi savoir que les autres membres de ton équipe travail tard parce qu'on est tous des passionnés (un peu fou). C'est la remise des fichiers dans deux jours. J'ai jamais été au cégep mais j'ai l'impression que je comprend mieux ce que c'est une fin de session maintenant. Lololol », a écrit la jeune femme. Mais il est un peu trop facile de tourner toute cette affaire en ridicule - et de vouloir se cogner la tête sur son bureau en évaluant les qualités journalistiques de l'article de Monde de stars.

L'idée n'est pas de s'en prendre impunément à Mme Bourdon; après tout, des articles du genre permettent au moins aux journalistes de rigoler un peu en partageant allègrement ledit texte. Et pour ceux que l'affaire intéresse sérieusement, hé bien, il s'agit de la dose de potins quotidienne. Oh, il est facile de lever le nez sur la "presse du divertissement", et j'admets ouvertement que je fais partie du nombre. Études supérieures en poche, vastes connaissances générales et esprit critique développé, nous, "snobs" de l'information, ne jurons que par le reportage de forme longue, l'enquête en profondeur, l'analyse détaillée et les sources multiples. Tout le reste, hé bien, c'est de la chair à saucisse, du remplissage, de quoi tirer une brève, au maximum.

Et si oui, objectivement, certains textes parlant de mode, de beauté, de vedettes - ou même de sports, tiens. Tant qu'à tirer dans le tas... - peuvent paraître superficiels, inutiles, voire même ridicules, la politique, les enjeux de société, la science et la culture n'échappent pas non plus aux critiques. Qui n'a jamais levé les yeux au ciel en lisant la couverture politique en campagne électorale? Qui n'a jamais soupiré en constatant qu'un article fascinant sur un sujet a été charcuté pour respecter des contraintes d'espace?

Il ne faut pas oublier, non plus, que si le "journalisme léger" abonde, c'est qu'il existe une demande pour ce type de contenu. L'article sur Marilou est d'un ridicule consommé, soit, mais je l'ai lu quand même. Et plusieurs de mes collègues journalistes aussi. D'ailleurs, ne sommes-nous pas les premiers à partager des textes, des vidéos et autres liens loufoques sur les réseaux sociaux? Il existe même une section de Reddit, /r/PasLeNavet, qui recense exactement ce genre de contenu qui pourrait apparaître sur le site satirique Le Navet, mais qui est plutôt publié sur des médias "sérieux".

Peut-être que nous faire rire ou soupirer devant cette apparence de bêtise humaine est l'objectif ultime de ce genre de contenu? Et peut-être que le nivellement vers le bas de l'intellect collectif n'est qu'un effet secondaire? Pourtant, tout le monde aime bien le contenu qui fait sourire, la vidéo qui fait rigoler, les 10 raisons pour lesquelles les journalistes barbus sont plus sexy? Attention, la septième raison va vous surprendre...

Mon côté imaginatif aime croire à une lutte entre le Bien et le Mal en journalisme, entre le Savoir et l'Abrutissement, entre la Lumière et les Ténèbres de la banlieue, de la minifourgonnette, de la piscine hors terre, du chien et de la vie passée à regarder des quiz télévisés sans jamais stimuler sa matière grise. Mon côté réaliste sait plutôt qu'une cohabitation est souhaitable. À chacun ses petits plaisirs coupables après tout.

Et pour Marilou? Apprenez, ma chère, qu'à vouloir entrer dans le monde de la presse magazine, il y a effectivement des conventions à respecter, y compris celle de l'heure de tombée. C'est comme la mort et les impôts: on n'y échappe pas.

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